Plateforme apeea d’échange d’information – Espace “Confinement – restons connectés” (suite 4)

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Suite de la sélection des posts des parents :

MUSIQUE - Concerts enregistrés à la Philharmonie de Paris, à la Cité de la musique et à la Salle Pleyel : LIEN

ARTICLE – Le Monde -  Raphaël Gaillard : « Que les Français sachent que des soignants feront tout leur possible pour les sauver mais vivront des dilemmes terribles » : LIEN

ARTICLE – Libération -  Marie Piquemal et Noémie Rousseau (23/03/2020) : “Ecole à la maison : ça passe ou ça classe”
Avec la fermeture des établissements scolaires, les parents, souvent en télétravail, doivent gérer tant bien que mal les devoirs de leurs enfants. Et les profs jonglent entre volonté de bien faire et souci de ne pas mettre trop de pression sur leurs élèves.

Le général Blanquer avait averti, à l’annonce de la fermeture des écoles : «Ce n’est pas une période de vacances.» Après une semaine, y a-t-il encore des familles qui en doutent ? «Continuité pédagogique», c’est le mot d’ordre lancé aux 13 millions d’élèves et leurs professeurs. De fait, rien ne s’arrête : on avance dans les programmes, a priori bac et brevet sont maintenus aux dates prévues. Et Jean-Michel Blanquer de préciser, quand Macron rend l’antenne le 12 mars : «Simplement, les modalités évoluent.» Simplement, il n’y a plus d’enseignants devant vos enfants.
Le ministre de l’Education nationale cite la multitude d’outils numériques disponibles pour transmettre «l’ensemble des éléments dont les élèves ont besoin pour leur progression pédagogique». Parce qu’ils vont progresser, c’est l’objectif. «Nous sommes préparés.» Ceux qui l’étaient un peu moins, ce sont les parents. Qui se retrouvent dans des situations très variables : en navigation à vue car laissés sans aucune consigne ou à l’inverse submergés par des devoirs à encadrer, pressés par les profs ou aimablement accompagnés.
«Pur cauchemar»
Le casse-tête est d’autant plus compliqué pour les salariés en télétravail. Désormais, ils «coworkent» avec leur progéniture. Dans le langage courant, cela s’appelle «faire tout à moitié» : la cuisine, le boulot, la queue devant un supermarché et… l’école. Le «en même temps» des intérieurs, la macronie dans la cuisine-bureau-salle de classe. «Un pur cauchemar», résume Corinne (1), à Strasbourg. Employée de l’administration, elle raccroche juste de sa dernière réunion Skype de l’après-midi, interrompue toutes les cinq minutes par sa fille de 10 ans, CM2, pour chercher un mot dans le dictionnaire. «Certains profs envoient des tonnes de devoirs, la grande qui est en 3e n’en dort plus, stresse, termine à 23 heures pour tout finir. C’est totalement injuste, moi je n’ai pas le temps de l’aider, l’écart va se creuser avec ceux qui en ont les moyens ! Elles vont détester l’école», s’emporte-t-elle. Demande qu’on leur laisse au moins «le temps d’encaisser le choc», de «se poser».
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Mais dès dimanche dernier, la majorité des cahiers de texte en ligne étaient inondés de «continuité pédagogique». La plupart des serveurs (à l’image des espaces numériques de travail, ENT) ont d’ailleurs planté. Et déjà le burn-out parental couve en appartement. Lisa (1), la fille aînée de Corinne, est en troisième. Elle a dix profs différents. Entre ceux qui demandent des exercices sur cahier et ceux qui envoient tout d’un coup, charge à elle de s’organiser. «Je ne sais pas par quel bout prendre tout ça», soupire-t-elle. Comme elle «n’ose pas déranger les profs», elle demande à ses amis sur WhatsApp «quoi renvoyer à qui et quand». Bilan : «On galère tous, dit-elle. En cours, il suffit qu’ils voient nos regards interrogatifs, et ils savent… Mais là…»
«T’as beau être la mère la plus organisée du monde, ça ne marche pas, s’occuper des gosses est un job à plein temps», enchaîne Noémie Boschetti. Mère de trois enfants, c’est pourtant la reine des plannings. Son bureau est d’ailleurs transformé en salle de classe. Mais cette semaine, elle a «déconnecté» de Blanquer et tous ceux «qui sont dans des tours d’ivoire, ne savent pas ce que c’est de gérer et canaliser des enfants qu’on ne sort plus». A Strasbourg, Marie, naturopathe, a aussi vite décroché : «Ça me gave. Qu’on les maintienne dans le coup, d’accord, mais pas de notes, pas de contrôles. Ils ont d’abord besoin de sécurité affective, qu’on leur parle, qu’on joue, pas de cette idéologie autour de la réussite scolaire.»
Même les parents enseignants galèrent. Et ça, c’est (presque) rassurant. Ces agents doubles en sont venus à refréner les ardeurs de leurs collègues. Des profs zélés qui «visiblement n’ont pas ou plus d’enfant à la maison», suppose Xavier (1), lui-même prof de physique en collège. Il émet une autre hypothèse : «On entend tellement dire que les profs sont des planqués qui ne branlent rien qu’ils se sentent obligés d’en faire beaucoup (trop) pour prouver le contraire.» Lui aurait voulu «moins de pression», un message de «bienveillance» de la part du ministre. Raté. La pression se diffuse à tous les niveaux.
«Déni pédagogique»
Principal d’un collège en région parisienne, avec des élèves de tous les milieux sociaux, Paul (1) respire de soulagement : à confinement J + 5, 90 % de ses collégiens sont connectés à Discord, une plateforme de jeux en ligne transformée en salle de classe virtuelle pour l’occasion. «Mes profs n’ont jamais autant travaillé, je peux vous dire.» Mais Paul touche aussi du doigt le risque de surenchère, même avec les meilleures intentions : «Tout le monde est parti à fond, peut-être trop, j’essaie aussi de dire à l’équipe de ralentir un peu, sans les démobiliser non plus. De déconnecter le week-end, par exemple.» Le site Discord aussi, qu’il a saisi à la volée comme une chance, l’interroge : «Depuis mon ordinateur, j’ai accès à toutes les salles de classe virtuelles, je vois ce que les profs écrivent, les réponses des élèves… C’est très tentant de regarder. Je me limite, je ne veux pas qu’ils se sentent fliqués.» L’autre jour, il est intervenu pour reprendre un élève qui répondait «OK» : «Non, on dit “d’accord, monsieur”. Vous êtes en classe.»
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Marie, prof de français dans un collège des Côtes-d’Armor, bout. Elle en veut à ses collègues. «Ils envoient des devoirs comme si de rien n’était ! Comme si chaque enfant avait un bureau à lui, un ordinateur et un parent enseignant disponible, un parent qualifié qui ne soit ni déprimé ni débordé. Ce n’est pas la continuité pédagogique, c’est le déni pédagogique.» Elle leur a écrit pour leur dire qu’ils n’avaient «aucune conscience de la réalité», qu’«envoyer de nouvelles parties du programme, c’est une erreur professionnelle». Elle plaide pour l’exemple belge : une circulaire indique que «des travaux à domicile peuvent être prévus» (et pas doivent) mais rien qui n’ait pas «été abordé préalablement en classe», aucune évaluation, pas d’utilisation d’outils en ligne sans s’être assuré avant que chaque élève y avait accès.
«Bouffée d’oxygène»
Au collège Erasme de Strasbourg, classé REP +, c’était la consigne numéro 1 des profs principaux : vérifier que chaque élève ait bien les codes d’accès à l’espace numérique de travail, et récupérer les numéros de téléphone. «Pour éviter au maximum la rupture. Même si les inégalités existent, l’enseignement à distance ne va pas les réduire. Il faudra rattraper ces élèves-là après. Ceux qui, en classe déjà, ne travaillaient pas.» Petite joie à J + 7 quand même : la majorité des devoirs sont rendus à temps, sinon les profs relancent par téléphone. «Le coup de fil du prof, ça fait l’effet d’une bouffée d’oxygène, pense Francis, prof d’histoire dans un collège voisin classé REP. Le confinement souligne combien on n’en a pas fini avec l’école en présence du prof en chair et en os, elle va sortir renforcée de cette crise.» Francis appelle deux fois par semaine au moins chacun de ses quatrièmes, il adapte les exercices, explique-t-il. Et mesure la réalité. Comme «cette famille où quatre ados se partagent un smartphone. Ce n’est pas sérieux de parler de progression pédagogique, c’est ajouter de l’angoisse à l’angoisse». Vendredi, deux de ses élèves étaient malades. «La plupart de mes élèves vivent dans des F3 sans balcon, normalement ils sont dehors tout le temps. Là, ils se retrouvent seuls face à eux-mêmes, c’est de cette expérience qu’ils vont apprendre.»
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Dans la classe de CP d’Audrey, enseignante dans une petite école d’un quartier populaire du Puy-en-Velay (Haute-Loire), seules cinq familles sur vingt ont un ordinateur, et seules trois peuvent imprimer. Or les élèves «me disent qu’ilsaiment les exercices», car «ça les occupe». Alors cette semaine, ses doubles journées ont fini à 1 heure du matin afin de préparer des petits sacs personnalisés, qui contiennent des photocopies ad hoc qu’elle dépose ensuite le long du mur de l’école où chacun passe chercher le sien. Audrey, épuisée, vient en somme de réinventer l’école buissonnière. Paradoxalement, la distance la rapproche des parents : «Il y avait des familles qu’on ne voyait jamais. Désormais, on est en lien quasi permanent.»
Gwenaëlle, mère de cinq enfants confinés, a le même sentiment : «Au portail, je ne posais pas de question aux profs. Maintenant, on s’écrit, on s’appelle.» Caissière en arrêt maladie longue durée, elle vit avec ses cinq enfants et son mari en recherche d’emploi dans un logement social à l’Elsau (Strasbourg). De la grande section à la quatrième, c’est «comme une classe à plusieurs niveaux, je révise moi aussi», rit-elle. Elle n’insiste pas trop quand ils en ont marre, histoire de ne pas «stresser tout le monde alors qu’on est 24 heures sur 24 ensemble». Mais une chose l’effraie, peur partagée par toutes les familles que nous avons interrogées à travers la France : que ses enfants soient perdus en retournant à l’école parce qu’ils n’auraient pas «progressé».
(1) Les prénoms ont été modifiés.

 

 

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